Bain d’arrêt

Portrait de famille. 🖋

Portrait de famille - Photographie japonaise contemporaine et cercle familial

par Charlène Veillon
Temps de lecture ⏰ 14 min 32

L’art du portrait remonte à une très lointaine tradition, en Extrême-Orient comme en Occident. Certains spécialistes datent la première ébauche de silhouette humaine au Japon à près de 20 000 ans, puis les premières représentations anthropomorphes en terre cuite vers l’âge du bronze. Ensuite, c’est le bouddhisme qui, vers les VIIe-VIIIe siècles, suscite les premiers portraits dignes de ce nom. Puis, vers le XIIe siècle avec la domination de la classe guerrière, la représentation du visage humain se laïcise, puis se démocratise peu à peu. La diffusion des estampes ukiyoe, à partir des XVIIe-XVIIIe siècles, favorisa également le développement du genre du portrait, de courtisanes ou encore d’acteurs de Kabuki par exemple. Mais ce n’est qu’avec l’ouverture progressive des frontières du pays à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que le portrait nippon se développa, notamment grâce à l’introduction de la technique photographique. Très rapidement, les studios photo japonais proliférèrent, calqués sur ceux occidentaux, et le genre du portrait de famille prit son autonomie.

Comme en Occident, pour un portrait de famille, on pose devant l’objectif dans ses plus beaux atours, les parents souvent assis, entourés de leurs enfants. La famille impériale nippone ne déroge pas au rituel du portrait de famille. Chaque 1er janvier de chaque année depuis le siècle dernier, une nouvelle photographie officielle de la famille impériale est dévoilée.

Toutefois, de nos jours, au Japon comme en Occident, les studios photo professionnels ne font plus recettes grâce au portrait de famille. Si les familles fortunées restent attachées aux studios pour les portraits d’occasions particulières comme les photographies d’omiai (clichés des enfants célibataires que les familles diffusent dans leur réseau en vue d’un mariage arrangé), la démocratisation des appareils photo argentiques puis numériques personnels a changé la donne. Nombre de personnes font aujourd’hui leurs propres clichés intimes, devenant ainsi les gardiennes des souvenirs familiaux. Mais qu’en est-il dans la sphère artistique ? Quelle est la place du portrait de famille dans la pratique contemporaine ?…

Légendes

ill.1 – Yakusa ©Masashi ASADA

ill.2 – Ramen shop  ©Masashi ASADA

ill.3 – The Yamamotos  © Masaki YAMAMOTO, courtesy Zen foto gallery

Ill.4 – Guts  © Masaki YAMAMOTO, courtesy Zen foto gallery

Ill.5 – Man and Dog  © Hajime Kimura

Ill.6 – Man and Dog  © Hajime Kimura

 

La bande annonce du film sur Masashi Asada

 

 

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Autoportraits en mariées. 🖋

Quand mariage rime avec photographie japonaise

par Charlène Veillon
Temps de lecture ⏰ 13 min 57

Au Japon comme ailleurs dans le monde, on se marie ! Et comme ailleurs dans le monde, on immortalise ce grand moment de la vie d’un couple par une séance photo. Mais le sens profond du mariage traditionnel japonais se heurte parfois avec notre vie moderne, inspirant à des photographes – notamment des femmes – une mise en scène sous forme d’autoportraits en mariées. Kimiko Yoshida ou encore Tomoko Sawada ont chacune réalisé plusieurs séries photographiques entièrement dédiées au thème de la mariée japonaise. Entre parodie, dénonciation des stéréotypes et geste de rébellion, voyons comment ces images nous questionnent sur le « mariage à la japonaise ».

Légendes

ill.1 – La Mariée cerisier en fleurs. Autoportrait, 2006 de Kimiko Yoshida   ©Kimiko Yoshida

ill.2 – Les mariées célibataires de Kimiko Yoshida : La Mariée veuve. Autoportrait, 2001   ©Kimiko Yoshida

ill.3 – Omiai (30 works), 2006  © Tomoko Sawada

Ill.4 – Thirty Works: Bride, 2008  © Tomoko Sawada

Ill.5 – Bear & Rabbit wedding, 2018,  © TSUKAO (Instagram – bear_n_rabbit)

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Small Planet 🖋

Small Planet, quand la photographie donne à voir le monde en miniature !

écrit par Sophie Cavaliero et lu par Charlène Veillon
Temps de lecture ⏰ 9 min 10

A l’occasion de l’exposition « (Un)real utopia » de Naoki Honjo au Top Museum, le musée de la photographie à Tokyo, nous allons vous intéresser dans notre article à un procédé photographique particulier : le tilt-shift. Ce procédé, utilisé par Naoki Honjo, transforme les photographies d’un paysage réel, en une photographie de paysage minitature artificiel, le monde réel devenant un monde factice, où les hommes se transforment en figurines, les voitures, en jouets et les bâtiments, en décors de maquettes.

Légendes

Photo 1 – “[ small planet ] Tokyo, Japan” (2006) © Naoki Honjo

Photo 2 – « JP-02 15 » 2012 ©TAIJI MATSUE / Courtesy of TARO NASU

Photo 3 – San Francisco – MAY. – SEP. 2016 – LIGHT JET PRINT/ 1700×2560 MM ©SOHEI NISHINO

Photo 4 – small planet / Tokyo, Japan / 2005 © Naoki Honjo

Photo 5 – https://miniature-calendar.com/200728 © Tanaka Tatsuya

 

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Photographie et catastrophe 🖋

Représentations post-11 mars 2011

par Charlène Veillon
Temps de lecture ⏰

30 minutes

Pour écouter la lecture de cet article

Le 11 mars 2011, le Japon a connu une des pires catastrophes de son histoire, mêlant séisme, tsunami et accident nucléaire. Le jour même, presque simultanément, nous avons tous – Japonais et étrangers – assisté impuissants à une déferlante d’images apocalyptiques, diffusées en boucle sur les écrans télévisés ou sur Internet.
Dans les jours qui ont suivi le désastre et jusqu’à aujourd’hui une décennie plus tard, nombreux sont les artistes qui ont éprouvé le besoin de se rendre sur place pour ensuite attester à travers leur création de la réalité de l’inimaginable. Chacun souhaitait faire de son œuvre un « écho » à la catastrophe et à ses conséquences, sans toutefois savoir comment s’y prendre. Car dans une telle situation, rien ne semble adéquat, rien ne peut consoler…
Quel pouvoir l’art, et plus particulièrement la photographie, peut-il donc avoir face à un tel désastre tant économique qu’écologique et humain ? Quand et comment la photo japonaise s’est-elle confrontée pour la première fois au défi de la représentation de la catastrophe ? Voyons quelles réponses les photographes du XXIe siècle ont pu apporter à la question du potentiel de l’art face à la catastrophe.

Légendes

ill.1 – Naoya Hatakeyama, Rikuzentakata / Takata-cho 2011.5.2, 2011 C-print © Naoya Hatakeyama

ill.2 – Takahiro Yamashita, série Iwaki, Fukushima, 20/03/2011 © Takahiro Yamashita

ill.3 – Yuki Iwanami, Threads in the dark © Yuki Iwanami

ill.4 – Yoi Kawakubo, If the Radiance of a Thousand Suns were to Burst at once into the Sky I, 2016, unexposed colour photographic film buried under soil in radioactive location © Yoi Kawakubo

 

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KAI FUSAYOSHI (甲斐 扶佐義) 🖋

Kai Fusayoshi, Au Honyaradō – Chibi, 1977-80 © Kai Fusayoshi
Kai Fusayoshi, L’heure du lait, 1976 © Kai Fusayoshi
Kai Fusayoshi, Du haut du mirador, 1976© Kai Fusayoshi
Kai Fusayoshi, Où est-ce que je m’assois ?, 1978© Kai Fusayoshi

Kai Fusayoshi : Carte féline de Kyoto

par Cécile Laly (article extrait du livre Neko Project aux éditions iKi)
Temps de lecture ⏰

30 minutes

Avant que les premiers neko cafés (bars à chat) n’apparaissent officiellement sous cette appellation dans les années 2000, le Honyarado, un restaurant de Kyōto qui était le lieu de rassemblement de la jeunesse contestataire de la ville dans les années 1970, s’essayait déjà involontairement au concept.

Pour conclure, notons que Kai ne s’est pas limité à photographier les chats errants de Kyōto. Il en a aussi photographié dans d’autres villes du Japon, comme à Nagasaki, et à l’étranger, par exemple au Portugal à Porto et Belmont, en Inde à Calcutta, Cochin et Mattancherry, ou encore à Amsterdam. Cherchant inconsciemment des chats partout où il voyage, il s’est rendu compte que les villes dans lesquelles il y avait beaucoup de chats errants  taient des villes ou les maisons étaient anciennes et où il faisait bon vivre. Il semblerait donc que la prochaine fois que vous déménagerez, vous devriez demander conseil à nos amis félins pour choisir votre quartier.

 

Pour aller plus loin dans la découverte de Kai Fusayoshi et son univers, n’hésitez pas à consulter son site en cliquant ici

Kai Fusayoshi, Chat au Honyaradō, 1976-77 © Kai Fusayoshi

Kai Fusayoshi, Quartier d’Izumojikagurachō, 1976 © Kai Fusayoshi

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KIMIKO YOSHIDA (吉田公子) 🖋

Autoportraits de ce qui n’est plus… ou presque !

par Charlène Veillon
Temps de lecture ⏰

20 minutes

« Tout ce qui n’est pas moi m’intéresse. » 

Ce furent là les premiers mots de la photographe japonaise Kimiko Yoshida lors de notre rencontre1. Déclaration a priori surprenante au vu de son œuvre essentiellement constituée d’autoportraits ! On comprend dès lors que la représentation narcissique de sa figure n’est pas l’enjeu esthétique du travail de Kimiko Yoshida.

Depuis ses toutes premières séries d’autoportraits débutées en 2001, l’artiste cherche en réalité à disparaître de l’image en usant de divers artifices. Au-delà d’une réflexion sur la vanité de la représentation de soi, la photographe médite plus largement sur la vanité des images qui, par définition, ne peuvent que montrer une absence : un instantané peut seulement capturer une image du sujet et non le sujet même…

Légendes

© Kimiko Yoshida
Courtesy Patrimoine Paco Rabanne

ill.1 (fond blanc)

Kimiko Yoshida, Peinture (Marquise de Pompadour de François Boucher). Autoportrait, 2010.

ill.2 (fond noir)

Kimiko Yoshida, Peinture (Judith de Cranach l’Ancien). Autoportrait, 2010.

 

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PROVOKE 🖋

PROVOKE l’effervescence

par Sophie Cavaliero et Valérie Douniaux (article écrit pour artpress N°437)
Temps de lecture ⏰

30 minutes

Evoquer l’aventure du magazine Provoke exige du lecteur occidental d’aller bien au-delà d’une lecture « passive » classique, la découverte de la production photographique japonaise s’étant faite en France dans un évident désordre chronologique, au gré des échanges, expositions ou publications parvenus jusqu’à nous. Il a semblé alors vital de restituer l’évènement dans son contexte politique, social et économique avant de le contextualiser dans une période artistique commençant dès les années 1950.

Le Japon connaît un fort essor économique et industriel au cours des années 1960. Dans le domaine de la photographie, la production de matériel se développe et, avec elle, la pratique, professionnelle comme amateur. Les marques japonaises se font connaître à l’étranger : Canon, qui lance sur le marché son premier reflex, au début de la décennie 1960; Nikon, dès la guerre de Corée, par le biais des reporters internationaux basés à Tōkyō, ou grâce à son partenariat avec la NASA pendant l’épopée de la conquête de la lune. La scène photographique japonaise est d’ailleurs dominée à cette époque par le photojournalisme avec des figures emblématiques telles que Ken Domon, Ihei Kimura ou Yōnosuke Natori.

Terminons en soulignant que les membres de Provoke et de son prédécesseur Vivo n’ont pas été les seuls à dynamiser la photographie japonaise de leur temps, et l’on peut également citer la mouvance Konpora (Contemporary Photography), se plaçant à l’opposé de Provoke, avec des photographes adeptes de la « banalité » et de la « neutralité » des images, tels que Kiyoshi Suzuki, Shigeo Gochō, et Masahisa Fukase, qui bénéficient tous aujourd’hui d’un regain d’attention.
Néanmoins, l’importance historique du magazine Provoke demeure indéniable, d’autant plus évidente avec le recul du temps. Provoke fascine encore et inspire aujourd’hui la jeune génération de photographes.

NB des auteurs

Cet article est extrait du magazine artpress n°437 – octobre 2016 en référence à l’exposition ENTRE CONTESTATION ET PERFORMANCE – LA PHOTOGRAPHIE AU JAPON 1960-1975, présentée au BAL à l’automne 2016, en fournit un témoignage évident.

Pour en savoir plus sur cette exposition : cliquer ici

Sinon n’hésitez pas à visionner la vidéo du BAL

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